Category: Livres,Romans et littérature,Autres littératures étrangères
Le Loup des steppes Details
Expérience spirituelle, récit initiatique, délire de psychopathe, Le Loup des steppes multiplie les registres. Salué à sa parution en 1927 (entre autres par Thomas Mann, qui déclare : « Ce livre m’a réappris à lire »), interdit sous le régime nazi, roman culte des années 1960 et 1970, c’est une des œuvres phares de la littérature universelle du xxe siècle. Il méritait une nouvelle traduction. Le voici enfin rendu avec tout l’éclat de ses fulgurances, la troublante obscurité de ses zones d’ombre.Nouvelle traduction de l’allemand par Alexandra Cade.

Reviews
Ce roman de Hermann Hesse (310 pages en Livre de Poche) remarquablement traduit de l??allemand par Alexandra Cade est sans aucun doute un grand moment de la littérature européenne et même universelle. Inutile de revenir sur la synopsis (« expérience spirituelle, récit initiatique, délire de psychopathe »), Le Loup des steppes dépasse tous ces qualificatifs. Pour moi, c??est une ?uvre admirable, celle d??un érudit. Le récit initiatique et presque autobiographique d??un intellectuel qui me semble poser les bonnes questions. Des questions parfois douloureuses (j??insiste vraiment sur ce point, car il faut vraiment avoir le c?ur solide) mais qui demeurent toujours d??actualité presque un siècle plus tard (le roman fut publié en 1927). Dans un récit haletant, oscillant entre la fable philosophique, la psychanalyse, le conte moral, se terminant sur une vision hallucinatoire aux accents quasi-apocalyptiques (le fameux « théâtre magique » à la toute fin de l??ouvrage semble s??inspirer des visions de l??apôtre Jean?), plusieurs niveaux de lecture s??offrent à nous. Récit initiatique donc, mais surtout une tentative de délivrer le lecteur de la cruelle réalité qui l??entoure (on pourra toujours creuser le sujet en lisant Du trop de réalité, le magnifique essai d??Annie Le Brun, publié par folio en 2004), et de trouver ainsi par l??entremise de l??art, de la musique, etc. (le narrateur, Harry, est un passionné de Mozart et un fervent admirateur de Goethe) une délivrance, une bouffée d??oxygène, un sens à sa vie... C??est aussi une invitation à sortir de la « folie de notre temps », par le rire, par l??humour. Ce livre s??adressera bien entendu à un public mature qui chercherait une échappatoire dans ce monde morcelé? Mais est-ce seulement le monde qui est morcelé ? Ne sommes-nous pas, à maints égards, morcelés nous-aussi ? C??est l??un des messages de ce roman atypique et inoubliable et dont la lecture me paraît vraiment indispensable. Les cent premières pages sont ardues (quitte à me répéter, il faut vraiment s??accrocher), mais la suite est vraiment une récompense. Mieux, c??est une ode à la vie, à la pensée, à la liberté de vivre jusqu??au bout !Pour Hermann Hesse et ses « doubles » (Harry et Hermine), le but est de sortir de ce manichéisme, de ce narcissisme, et de toutes ces visions binaires qui les enferment et les installent dans une torpeur mortifère et solitaire, les coupant de leurs semblables, les jugeant, les condamnant (la question de savoir qui est « bourgeois » est centrale)... Au fond d??Harry gît certes un loup, « le loup des steppes ». Du moins, c??est sa croyance. Tout cela est très imagé, très symbolique. Harry, le personnage principal, voit sa vie comme un combat intérieur entre l??homme et l??animal sauvage. C??est aussi l??occasion pour Hermann Hesse de faire le point sur ses croyances, sur sa vision de la vie. En 1933, il écrira d??ailleurs à son éditeur : « Il ne suffit pas de souligner le peu de valeur que l??on attache à des choses telles que la guerre, la technique, la passion de l??argent, le nationalisme, etc. Il faut pouvoir remplacer le culte des idoles contemporaines par une croyance. C??est ce que j??ai toujours fait ; dans Le Loup des Steppes, cette croyance est représentée par Mozart, par les Immortels et par le théâtre magique ; dans Demian et dans Siddhartha, d??autres noms désignent les mêmes valeurs. » Ce qui m??a plu dans ce roman, c??est que d??une part, on comprend l??extrême solitude du personnage, on le plaint parfois aussi, mais on reconnaît là un esprit atypique, en marge, ayant un regard critique très acéré sur son époque. Sa rencontre déterminante avec Hermine, puis Pablo et Marie, va nous plonger dans les coulisses de sa psyché.Salué lors de sa parution (entre autres par Thomas Mann, qui déclare : « Ce livre m'a réappris à lire »), le roman de Hermann Hesse est une sacrée réussite. Il fut, comme ça l??est dit ici et là, interdit sous le régime nazi. Et l??on peut aisément comprendre pourquoi : quelques pages font l??éloge de l??homosexualité, voire de la bisexualité. L??appel à l??obéissance à un personnage féminin a dû en surprendre plus d??un, telle cette remarque de Hermine à Harry (Page 132) : « Il en va de l??obéissance comme de la boisson ou de la nourriture. Lorsqu??on n??a pas obéi pendant longtemps, on place cela au-dessus de tout. Tu m??obéis avec plaisir, n??est-ce pas ? ». Je n??en dévoilerai pas davantage, mais disons que Hermine va réellement jouer un rôle déterminant. Un rôle qui va bouleverser Harry le suicidaire. Elle va l??aider à s??en sortir, à se remettre en question, grâce à un regard critique qu??il acceptera. Elle va littéralement le sortir de son bourbier, de son « intelligence stupide » et triste. Il y a des pages vraiment admirables. Avec sa critique de la Technique et de la politique, sa critique du « nihilisme » (les dernières pages sont d??un surréalisme flamboyant !), sa critique aussi de ce « monde absurde » (annonçant les futurs essais d??Albert Camus, notamment L??homme révolté), sa célébration de l??art, de la danse, de la sexualité, du jazz (on n??est pas prêt d??oublier le saxophoniste Pablo, figure emblématique de l??artiste?), ce roman devint très vite après la seconde guerre mondiale un roman « culte », notamment dans les années 1960 et 1970 (il participa certainement à la libération des m?urs en 1968). En tout cas, pour une culture personnelle solide, c'est, je crois, sans l??ombre d??un doute, l??une des ?uvres phares de la littérature universelle du XXe siècle. Un ouvrage que l??on se doit de lire (pardon pour l??injonction?) une fois passée sa majorité. Enfin, je tiens à dire que si Le Loup des Steppes fut mon premier roman d??Hermann Hesse, il n??en sera pas le dernier. Il m??a permis de découvrir tout un univers, celui de l??Europe de la fin des années 20. Roman visionnaire (Hesse pressentait déjà le prochain conflit?), Le Loup des Steppes est un petit chef-d???uvre auprès duquel il n??est pas permis de faire l??impasse. C??est une ?uvre dense et inclassable qui demande aussi une certaine disponibilité intellectuelle. Les autres commentateurs ayant admirablement dit l??essentiel, je vous souhaite une bonne lecture.____________________________________________________________________________P.S. Si ce petit commentaire vous paraît utile, merci de vuter (vote utile). Sinon, vous pouvez vnuter ou l'ignorer, à votre guise ! ;)


Tidak ada komentar:
Posting Komentar